De quelques tombeaux de feus mes amis de Julien Blaine par François Huglo

Les Parutions

11 juil.
2018

De quelques tombeaux de feus mes amis de Julien Blaine par François Huglo

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            Julien Blaine donne signes de morts de ses amis : l’esperluette de leur succession, chacun ajoutant un cas qui tombe (« une & cas tombe »), retournant sur le 8 « la pointe de la flèche assassine ». Quand le 8 se couche, « tous & toutes rejoignent l’infini ». Où ça ? « Loin de moi en tout cas / (pour le moment) ».

 

            Horizontalement, le corps du o, de morto à sempre vivanto, en passant par Sarenco, nostro, amico, amico mio, est répété crescendo, formant vague (ô mort toujours recommencée !).

 

            Verticalement, la répétition du prénom de Tom Raworth, imprimé en corps de plus en plus grand, figure l’amplification du tam-tam du cœur.

 

            Une ligne par voyelle d’Arrigo Lora Totino (« Ou le nouveau chant des voyelles / Il canto dei vocali »). Le « u » n’est pas exclu : « Avec le pouce et l’index je trace le "o"et lentement j’écarte le bout du pouce et le bout de l’index et le "o"devient "u" ». Le « e » non plus : « Je pousse mes lèvres en avant ma bouche, alors, se met à ressembler à un volcan et le "i" se métamorphose en "e" ».

 

            L’insert d’une photo d’œil de bœuf rappelle « plus d’1/2 siècle de fréquentations » entre Joseph Julien Guglielmi et Julien Blaine. Photo de cocons pour la photographe Françoise Janicot. Pour elle et pour Bernard Heidsieck, « un incroyable et magnifique Ready-Written », de « Bombyx de l’acacia – Streblote acaciae » à « Bombyx de l’yeuse – Trichiura ilicis ». Les o de cocon se joignent, « Françoise a rejoint l’infini ». Photos de mausolées sur tas de cailloux et branches tombales « dans notre massif des alpilles » pour Jean-Paul Curnier.

 

            Souvenir d’Armand Gatti : « à la fin des années 80 sur un plateau de Télé, de FR3 à Marseille, tu m’avais enseigné la misère de tes loulous chéris », leur « sauvagerie en tendresse ». Julien Blaine l’a appelé au moment où il a « ouvert pour Marseille, ses habitants de toutes les couleurs, ses artistes de toutes les origines la friche de la Belle-de-mai ». À la fin des années 60 et au début des années 70, Blaine et Gatti étaient censurés mais « il y avait des pages entières consacrées à la poésie dans les media dits de référence ». Désormais « tout est permis, récupérable et monnayable », sauf la poésie : « hui l’unique façon de résister ».

 

            Des photos de butor (petit héron), de glouton (petit carnassier), de barboteuse (de babygro à papygro), « illustrent » la passion commune de Julien Blaine et de Michel Butor, dont le patronyme est un ready-written, pour le bestiaire, forme de poésie qui chemine des cavernes à Guillaume Apollinaire et Jules Renard. Blaine avait 20 ans quand il publiait sa première revue, Les Carnets de l’Octéor, Butor en avait 36, « romancier précoce » de La modification en 1957, mais « poète plus tardif et pour la poésie ça valait le coup d’attendre ». Quant à la « barboteuse géante » revêtue par Butor à la fin de sa vie, elle inspire à Blaine, autre auteur « à tire-larigot », un « sentiment rigolo : on ne sait si notre état c’est la vieillesse avec des éclats de jeunesse ou si notre état c’est la jeunesse avec de longs moments de vieillesse ». Les deux amis divergent sur un point . « La poésie n’intéresse presque plus personne », cela « convient à Michel Butor » mais Julien Blaine n’arrivera jamais à s’y faire !