James Sacré - Si la simplicité nous a quittés ? par Tristan Hordé

Les Parutions

24 mars
2026

James Sacré - Si la simplicité nous a quittés ? par Tristan Hordé

James Sacré - Si la simplicité nous a quittés ?

 

La linogravure était pratiquée assez couramment dans les écoles primaires de type Freinet dans les années 1950 ; elle demande un matériel simple, une technique facile à acquérir et l’impression n’est pas très coûteuse. Le "simplicité" du titre convient bien à ce genre de création, sachant que le mot n’implique pas la facilité si l’on pense aux linogravures de Derain, de Picasso, de Sibyl Andrews — ou de Raphaël Ségura. Couleurs franches et aplats restituent des paysages — arbres, collines, maisons —, que l’on ne regarde plus tant ils sont trop familiers, et il réinvente avec ses linogravures la vue du lecteur. Ce sont aussi pour James Sacré des embrayeurs pour revenir dans le passé et interroger sa pratique de la langue.

 

James Sacré n’a pas connu la linogravure dans l’enfance mais la gouache pour préparer de petites « cartes de Noël » où la « naïveté mièvre » s’opposait à la simplicité. Le désir d’écrire un poème est d’un autre ordre, « bruit de langue » qui porte quelques moments d’une vie sans pourtant qu’ils soient lisibles, chacun rapportant à son expérience le sens des mots lus :

 

                       Les mots simples sont compliqués

                       Tu les dis, tu sais jamais

                       Ce que tu dis

 

Si un mot renvoie à la couleur du toit de la maison de l’enfance, qu’évoquera-t-il pour le lecteur ? Tout ce qui a construit l’imaginaire et, d’une certaine manière, est déposé dans les mots du poème échappe à la compréhension. « Mais faut-il comprendre ? » On dira que cela vaut pour tout poème, que chacun récrit ce qu’il lit, ou voit. Certes et c’est pourquoi il faudrait toujours « Se saisir des formes comme on faisait dans l’enfance » et, à partir d’elle, bâtir son monde ou revisiter ceux qui ont disparu, plus ou moins oubliés, prêts à renaître devant un tableau, un dessin, une linogravure. Qui sont alors « comme de l’enfance retrouvée ».

Il suffit que le nom du lieu soit effacé pour que le paysage représenté appartienne au passé de qui le regarde ou qu’il devienne pour lui seulement un agencement de couleurs, un jeu de formes, alors paysage silencieux difficile à situer dans une région, même si la végétation, l’architecture orientent vers le sud et la Méditerranée. Mais le puits, mais la bergeronnette, dirigent vers un autre puits, celui du hameau de l’enfance vendéenne — « souvenirs d’une eau vive qui s’en va. »

 

Ce petit livre très soigneusement imprimé avec de fidèles reproductions de linogravures, remue une thématique chère à James Sacré ; l’image d’un paysage, comme peut le faire le paysage lui-même, l’entraîne vers l’enfance, les paysages qui y sont liés, avec les incertitudes de la mémoire, la tendance à réinventer ce qui fut. En sachant toujours que seuls de rares moments sont retrouvés, comme les tourtisseaux  (merveilles), pâtisserie très simple que préparait sa mère — simplicité intacte dans le souvenir.

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