Serge Airoldi - Para bellum par René Noël
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Bivouac
Et le Fleuve d'Héraclite (p. 42) inscrit dans le mouvement aux marches des poèmes de Serge Airoldi cette observation de Paul Valéry alors que La montagne noircit (p. 7). Vers qui disent l'arrivée au bivouac, les cavaliers à peine descendus de cheval évaluant du regard la disposition des troupes. Les forces en présence, les grands ascendants, les alliés substantiels du verbe confrontent non moins que les législateurs l'état, la disposition, les figures des mémoires et leurs articulations à l'Histoire depuis les hauteurs des Pyrénées. Pays qui depuis les guerres Puniques a vu plus d'une embâcle, plus d'une débâcle fendre et confondre les certitudes les mieux établies. Rien ne s'invente, ami, curieux, qui m'a suivi jusqu'ici / aux falaises / à ces extrémités d'un pays, / au mur d'Hadrien / aux confins des crêtes... (p. 17).
Antonio Machado, enterré à Collioure en 1939, est embarqué, fusée éclairant les cimes, épousant les lignées là où le galop des troupes et des tropes, L'être n'a pas de contraire (p. 36) va. Le moment Buzzati, Gracq de l'attente, derrière nous, le lecteur voit devant lui La route des Flandres de Claude Simon partant du pays des vignes vers le nord, répétant à son insu la geste paternelle - trouvant une forme apte à préciser les propos de Karl Marx l'histoire se répète toujours deux fois... touchant aux desiderata de la famille Bonaparte et aux actes de bravoure de Don Quichotte instruisant Cervantes qui n'en peut mais - aidant les réfugiés espagnols et les écrivains de ces contrées perpétuant les lois de l'hospitalité qu'ils écrivent, ainsi de Marie Cosnay écrivant l'aventure humaine faite de rencontres.
- Non Non Non à tous ces amphigouris du poétique / Seuls le chaos et les quatre éons dictent une anse (p.10), les poèmes de Serge Airoldi serrent au plus près l'urgence du moment, ce qui relève du nécessaire, à l'heure de vérité quand l'imminence de la guerre commande les augures. L'art du fragment imitant les doxographies et les textes de l'antiquité lacunaires sont-ils d'une aide quelconque s'interroge Serge Airoldi ? Où poser les limites du poème épique, du lyrisme ? comment lire les héritages et la modernité à l'heure qui précède la guerre ? Peut-on d'ailleurs en dernier ressort s'y préparer ?
rouge sang, tout un démon des cavernes / rouge du cinabre (p. 26), Brûlé l'enclos en quarantaine / Toi nuage passe devant Nuage de résistance / Nuage des cavernes / Entraîneur d'hypnose. (René Char, Arsenal, 1927-1929). Grottes et cavernes, l'histoire d'Altamira à Lascaux, plurimillénaire peut-elle nous orienter ? L'Histoire est un animal qui est dans le monde, remarque Georges Bataille, comme de l'eau à l'intérieur de l'eau (p. 47).
Une guerre a passé / et d'autres après / c'était un vent à la surface des terres pelées / et des sierras / dans les branches de chênes lièges, des peupliers liges, / blancs, noirs, rouges / c'était le Temps ... (p. 34) traductions réciproques du Vent et du Temps, ce dernier mesure des mesures singulières de chaque forme de vie, C'étaient de très grands vents sur toutes faces de ce monde, premiers vers de Vents de Saint-John Perse, poète qui de 1914 à 1939 expérimente les partages formels, la division des tâches entre Alexis Saint-Leger Leger, expédiant les affaires courantes du jour, et Saint-John Perse distribuant la parole nocturne. Serge Airoldi intercale le rêve qui assurera la transition, me dis-je en rêve. ... Avant /// Après ... Je dessine cette équation sans solution, dans le vide, devant moi ... c'est l'image qui commande le rêve. (p. 37).
La roue, le Temps, le cercle (p. 42) ; À la guerre comme à la guerre, il faudra convenir d'une lumière toute nouvelle. (p. 54) L'exigence d'une lumière inédite et l'identité du cercle ont été parcourus par Paul Celan Où, avec des éperons de genièvre, / pousses-tu / la bête de midi, une bête prêtée ? / Pour l'abreuver de bleu, d'infini, dans la belle Dordogne ... La nuit. Et la parole du losange, lisible, flambe sur le tertre des chênes-verts. / Creuse, la dent de lumière, / enterrée en bas, près du puits, / ton âme tâtonne vers elle, desséchée, / toujours assoiffée / d'étoiles : une goutte / de lait de figue est tombée là. écrit-il lors d'un séjour en 1964 de sa famille et de celle de Jean Bollack au château de Baneuil, Dordogne, rejoints bientôt par Peter Szondi, vers qui proposent de nouvelles lectures du Temps. ... Ce sont les efforts de celui qui, survolé d'étoiles - qui sont œuvre humaine ... va de tout son être au langage, blessé de réalité, et en quête de réalité a écrit auparavant le poète de la Contrescarpe dans son discours de Brême (1958). Serge Airoldi écrit quant à lui la geste de l'homme debout de notre temps.
* Jean Bollack, Pierre De cœur, Un poème inédit de Paul Celan, " Le Périgord ", Pierre Fanlac, 1991, p. 24