Demain je meurs (extrait inédit) par Christian Prigent

Les Poèmes et Fictions, poésie contemporaine

Demain je meurs (extrait inédit) par Christian Prigent

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C'est comme un marteau de pure volonté qui, à cet homme-là, lui cognait dedans. Et son du marteau, c'est pas pour les chiens, ni pour les gamins que gâté pourrit, que ça fait musique. «a parle à plus loin, ce cœur mécanique. Pas au fretin prochain, même si pour son bien et c'est à ce bien que fut voué son destin, rien à dire de ça : on a les docus et force témoins. J'y reviens, faudra bien. Pour l'instant, notons maxime in petto du cœur machinal : aime le plus lointain, car en vérité le très prochain pue ou parfume trop bon, c'est selon. Précisons : aime le prochain comme tu t'aimes toi-même c'est-à-dire avec pincettes sur le nez. Et gare l'œil qui mouille ou la lèvre qui tremble et, en général, les incontinences de supplément d'âme. Et même parfois gare à l'attribut qui se manifeste. Car il faut bien dire qu'il y a toujours trop de testicule, même en nos pensées les plus sublimées. D'où activité de collage rustines sur tout opercule pour que rien de ça ne fuie de ses pneus d'émotivité. Concluons : cœur pur ; cœur dur. Cœur d'homme de guerre, cœur fanatisé par des horizons d'amélioration, cœur d'homme d'étude de même discipline. Cœur ou âme de somme, comme on dit des bêtes vissées au brancard. Cœur d'homme sorti de la terre ingrate comme tous en viande molle, puis roulé caillou et durcipoli par des vocations. Cœur battant passion de projeter soi sans cesse hors de soi. Cœur forgé par métallurgie de pure énergie. Cœur se répétant en battant poitrail avec poing serré : énergie c'est bien, inertie c'est mal ; inertie : fini, énergie : vazy.

En somme : cœur d'apôtre ou quasi de saint, mais modernisé en version laïque sous casquette peuple sans rond d'auréole ni les fariboles d'élection céleste. Ou d'anachorète rivé à sa chaîne de peu de coudées en airain d'ascèse pour pas défiler de la vocation. Ou de cénobite sur colonne de foi héroïquement en exposition aux injures de l'air et ingratitudes du populaire. Nuançons encore la proposition : cœur convaincu pur par méthode Coué de s'être fait dur. Ou se sentant dur de s'être aimé pur. Interprétons, analysons : ou s'étant forgé du solidifié de carapaçon et serré les joints de la compassion pour pas couler flaque coram populo à cause des instincts de mélancolie, les facilités à s'embuer mirette par homopathie avec tout qui souffre et pente d'abandon à cœur d'artichaut. Et au long des jours rivé aux cale-pieds de la contrition pour écrabouiller par du mouliné inoxydé tentation en soi de moche et de mou, voire même de flou dans les prospectives et le ressurgi en lui des envies d'être pas en bois ni en acier galvanisé par la Destinée.