Casper André Lugg - LIEU POUR CŒUR QUI COURT par René Noël
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Après l'orage
La poésie de Casper André Lugg se tient autant à distance d'un lyrisme vampirisant les objets du monde inventorié par Adam, Noé, Magellan, Darwin, Carl von Linné à mesure qu'il s'y projette, que de l'épopée qui marginalise et éclipse le sujet. Il s'y entend un après le déluge inédit, les mots, les expressions y étant abordés depuis un dehors inédit, par le dedans des éléments, des forces naturelles exposant leurs milieux de vie. Soit la nature s'étant il y a peu de temps détournée de ses trajets tel un nageur encore ruisselant d'eau, les deux mains sur le bord du quai, qui se hisse à terre poussée par sa propre curiosité à notre égard et vient à notre rencontre au sein des villes.
APRÈS L'ORAGE... / LES HI / RONDELLES PERCENT DES PO / CHES DE SONS AU-
DESSUS DE / L'EAU... / J'E / NTENDS UN VÉHICULE QUI P / ASSE
Le poème et sa page blanche de Lugg précipitent le jeu d'une utopie expérimentée in situ. Un espace neutre où les formes de vie usent, useraient idéalement, mutuellement de leurs formes d'expression respectives, le livre faisant voir et lire des traversées, des élans, des devenirs de forces hétérogènes se flairant, s'estimant. Soit les espaces antérieurs, les coulisses de rencontres potentielles et d'échanges inattendus où l'étendue, le réel s'accroissent ainsi que le fait le son de l'eau au passage d'une voiture répandue par un orage. L'eau de la chaussée jouant des quatre roues libère l'ouïe,
LÀ OÙ COMMENCENT LES BUI
SSONS J'ENTENDS DES CONNE
XIONS CLIQUETANTES DE LU
MIÈRE
les sons de lumière atteignent le poète dans le second des cinq moments, des cinq parties du poème, le premier ensemble DIGUE constitué de blocs rectangulaires, de moraines, estuaire du poème, assises d'un lieu en devenir, numéroté en chiffres romains XI à XXVII,
LÀ OÙ NOUS N'IMITONS PAS N
OUS EXPLOITONS
LION DANS LA FORÊT, second mouvement courant des page 31 à 43
chante à présent le clair
bouleau frêle trop haut
chargé de sève noir dans le vent
le bouleau arbre du temps, des sols pauvres arpente l'inconnu, les ténèbres, les grandeurs, les limites et les répliques,
les imitations poussent
de n'importe quelle couche du sol
la courbe douce de la colonne vertébrale
et s'il est une chose que je sais
un langage blessé est un appât propice
les autres écoutent-ils à présent ?
le même et le singulier, le bouleau et le visage / tiennent lieu d'irreconnaissable, interliés (im-)médiatisent le monde à nouveaux frais, selon,
ANDREÏ ROUBLEV / MASCARADE troisième moment du poème de p. 47 à 54, énonce les avantages, les manques, les faux semblants de l'image aussi bien que Zeuxis, insatisfait de son tableau d'un enfant portant des raisins, le critique lui-même, J'ai mieux peint les raisins que l'enfant, car, si je l'avais aussi parfaitement réussi, les oiseaux auraient dû avoir peur.
ATELIER, quatrième temps du livre, (p. 57-63) se tient au présent, acte les impératifs de durées, étapes sur les chemins de la vie nouvelle distribuant les patiences et les impatiences selon les tours et détours d'évolutions à cheval sur des générations, des âges, des ères redistribués selon les formes de vie considérées.
LA MAIN ET LE TESSON (p. 67-76) la pluie entra si tôt dans la lumière, cinquième élément du poème, écrit en italiques, les
et le regard qui jamais
ne demanda de maison
où les mains se liaient
pour soulever le tesson
le tenant ainsi
avec genoux et hanches et dos
tessons, té des sons incarnant les formes élémentaires, les premiers éclats de vie d'un souffle commun après la fin, en avançant.