Quelques jours en 2013 de Julien Blaine par François Huglo

Les Parutions

30 mai
2014

Quelques jours en 2013 de Julien Blaine par François Huglo

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         « Piètre consolation » ? Reçu la biennale-bouquin (« un seul livre tous les deux ans ») le lendemain des élections européennes. Pour saluer, au siècle de la performance, « l’art du XXème siècle » qui aura été « celui du collage », collons ici : « P.S. n°66. Quelques naïvetés et évidences à propos du passé : voilà 1/2 siècle que je fais Ça. C’était " pour-changer-le-monde "  et le monde s’est modifié vers le pire au lieu d’évoluer vers le meilleur. Alors je continue à faire Ça pour me consoler de ce monde ignoble ; j’espère que Ça pourra consoler aussi mon lecteur ou mon spectateur ou mon visiteur. Piètre consolation ! ». Piètre, mais goûteuse, avec la complicité gourmande, contagieuse, de la voix de Monique Dorsel sur C.D. joint.

         Revigorante consolation : « Des vainqueurs rien ne subsiste : Rien ! ». Des vaincus, reste « l’idée, un esprit, un regret, un remord, une pensée, une notion, un fantôme et le désir de réentendre, de refaire, de recommencer la partie ».

         70 ans, dont 50 de performances, c’est assez pour reconnaître «irrémédiablement les presta©tions de mes vieux amis ou de nos amis morts » : « du déjà vu à 90% ». Assez pour constater que dès 40 ans, les performeurs deviennent « des précieux ridicules avec une expression maniérée ». Assez pour guetter les dangers qui guettent la performance (gag trop intelligent ou trop idiot, « saynète théâtrale » ou « monologue pour cabaret à touristes » . De ces derniers, les performeurs ont d’ailleurs pris la manie de « photographier et de se faire photographier ». Assez pour maudire les « ateliers d’écriture », les « résidences », qui « transforment les poètes en démagogues exécrables ». Assez pour vérifier « que Fluxus était un art qui était passé directement de l’art infantile à l’art sénile ». Mais encore ? « Ils ont mal compris les avant-gardes historiques : futurisme, dada, cubisme (par exemple), ils n’en ont saisi que l’aspect rigolade ». L’assassinat de John Lennon est-il un acte Fluxus ?

         50 ans de perf, c’est assez pour constater : « à l’évidence, j’ai fait école », et pour rester « un humble maître d’école de cours élémentaire qui essaie de vous apprendre à lire ».

         70 ans de vie, c’est assez pour vouloir, après avoir « raté nos rêv ô lutions », encore et toujours partir « dans une petite ville d’Ombrie ou de Vénétie ou chez les Bamiléké ou les Fang sentir et goûter, voir est entendre, toucher et vivre ».

         Pour Flaubert, la civilisation est « une histoire contre la poésie ». Blaine continue : « Cela fait des siècles que les poètes meurent ainsi, assassinés, suicidés, malades et fous, imbéciles ou en exil de par la volonté de cette civilisation immobile, cruelle et cynique qui est contrôlée et possédée par eux les immobiles, les cruels et les cyniques ». Il ne dit pas comme d’autres « Il faut désacraliser l’artiste et le poète », mais il reste « l’âne-imiste contre les monothéistes. L’ân’artiste à l’œuvre ».